De la Mésopotamie à la Paléstine, la
courtisane sacrée devient même sainte, et le courtisan sacré,
saint; ils ouvrent le chemin à toutes les intolerances contre l'interdit.
La prostitution sacrée est condamnée non tant comme acte
de chair, mais comme corollaire probable de l'idolâtrie qui n'est
souvent autre chose que l'adoration d'un dieu concurrent. Le même
argument joue pour la prostitution venale, tellement semblable à
l'autre, mais qui n'encourt jamais la réprobation morale. Elle
était dans les naceurs; personne ne s'étonna - ni alors,
ni depuis - que Judas, fils de Jacob, couche sur le chemin
de ses paturages avec une prétendue prostituée (c'est Tamar,
la veuve), voilée et parfumée, contre un chevreau.
Oui, la précision des interdits, des préceptes et des dénonciations
est inépuisable. Mais d'autre part, que faire? "Celui qui
a les testicules écrasés ou l'urètre coupé
n'entrera pas dans l'assemblée de Iahvé". La castration
n'est pas une solution non plus. Il faut alors accepter les enthousiasmes
du peuple et laisser à la poésie la sanctifaction des étreintes
amoureuses. Ainsi est né le Cantique des Cantiques,
qu'on attribue à Salomon lui-même, mais qui résume
pour nous les traditions voluptueuses de tous ces peuples qui vécurent
de l'Euphrate au Nil. En définitive, il est légitime
de se demander si l'agnostique ne devrait pas remercier Dieu d'avoir légué
un livre canonique aussi exemplaire pour l'érotisme.