Nous avons vu que dans cet univers irrationnel et poétique,
visionnaire et impitoyable, on pouvait lire le trouble de la nature
incertaine et le frémissement d'une création. hési-
tante, avec ses Lilith et ses androgynes, et avec ses tabous contradictoires.
À travers ses errements, ses lois, ses chroniques et ses
strophes, nous lirons aussi l'histoire des élans du sexe
que de savants vieillards s'efforcent de brimer ou de conduire vers
la source supposée de leur propre autorité. Tout ce
qui n'aboutit pas a leur pouvoir, ou qui risque de détourner
la pensée de leurs sujets, est mauvais.
Prostitution, vin et moüt s'emparent du coeur «Issus
des anges tombeés du ciel, les hommes entrent dans le corps
de la femme et ils reçoivent la chair de la concupiscence de la
chair» (Texte cathare). Sous les menaces
de la colère divine et sous la contrainte, Israel
prend un goût immodéré de la chair, au milieu
de peuples du même sang qui sacrifient librement à
leurs envies. L'orgasme sacrificiel, la polygamie, l'inceste, l'homosexualité,
l'onanisme, la bestialité et la prostitution sous toutes
ses formes fleurissent à côté des anathèmes
des prophètes, où le christianisme puisera sa sexophobie
aberrante.
L'anathème allégorique «tu t'es fabriqué
des statues d'homme et tu t'es prostituée avec elles»,
reprend le souvenir millénaire, et préhistorique,
de l'olisbos. Toute l'armure d'interdits dont est bardée
la Loi n'est plus qu'un catalogue des travers sexuels d'Israel;
on n'interdit jamais que des actions qui s'accomplissent sous nos
yeux.
L'étrange «Ne souris jamais à tes filles» n'est
qu'une prudente préface aux débordements des incestes,
certes longuement prohibés:
- «Un homme ne prendra la femme de son père et il ne
découvrira la femme qui est sous son aile.»
- «L'homme qui couche avec la femme de son père [...]
sera mis à mort»
- «L'homme qui prend sa soeur [...] et qui verra sa nudité...»
- «La nudité de ta mère [...] La nudité
de la femme de ton père, tu ne la découvriras pas.»
- «La fille de ta soeur, la fille de ton père ou de
ta mère, la fille de ton fils ou de ta fille [...], la
nudité de ta bru [...], la nudité d'une femme et
de sa fille ensemble [...], une femme conjointement à sa
soeur tu ne prendras pas.»
Mais l'interdit, que la mort violente couronne,
devient l'exaltation de Loth et de ses filles:
«II n'y a pas d'homme dans le pays [Sodome
et Gomorrhe viennent d'être incinérées] pour
venir sur nous [...] Abreuvons de vin notre père, couchons
avec lui et faisons survivre la race par notre pere.»
De l'ainée et de la cadette naquirent ainsi
Moab et Ben-Ammi, pères des Moabites et des Ammonites.